Vivian Scheihing

 
 

Ma peinture se déclenche par un sentiment de nécessité. Elle me donne la possibilité d’exprimer ce quelque chose interne qui me permet de peindre. Quand des mélanges de couleurs et des tracés surgissent de ma main mus par cette force inconnue, je suis surprise.

La toile blanche, me paraît toujours très difficile à souiller, j’ai ce sentiment de ne pas savoir où aller, d’avoir oublié le chemin, de ne pas connaître le métier. Un commencement qui me surprend toujours, les couleurs et les formes que je vais utiliser me sont étrangères. C’est l’impulsion des premiers tracés. Puis je commence à visualiser la suite. Tout donne forme à quelque chose de réel, quelque chose que je connais. Un souvenir, un moment de ma vie. Qui a peut-être été si fort dans ma vie, qu’il a une représentation visuelle. C’est à dire qu’il y a une abstraction composée d’éléments issus d’un sentiment profond. Il n’y a pas d’éléments gratuits.  Ce sont des expériences qui sont contenues fortement en mon fort intérieur, principalement des sensations de douleur, d’angoisse mais aussi de bonheur.

L’art est pour moi, un besoin, une forme de destin. Dans le cas des peintures, ce sont les rêves et pour les couleurs ce sont les peintres du quattrocento : Giotto, la magie qui garde pendant l’éveil l’illusion des rêves, la réalité magistrale de la peinture.

Jour ou nuit dans mon atelier, il y a des motivations sous différentes formes qui apparaissent. Dès que je commence à peindre, je me retrouve submergée dans un tourbillon avec le sentiment de partir loin, d’entrer au Paradis perdu :


« Meanwhile in utmost longitude where Heaven

With Earth and Ocean meets, the setting Sun

Slowly descended , and with right aspect

Against the eastern gate of Paradise

Levelled his evening rays. »  

Paradise Lost, John Milton


Il me semble impossible de décrire mes émotions les plus profondes  en mots, je ressens que ces mots de Milton se rapprochent de l’expression du chaos intérieur de mon esprit.

Mes peintures sont sans fin, je ne réussis pas à dépasser l’inconnu.

Le jour où j’y arriverai, j’arrêterai peut-être de peindre.



 



 

 

 
englishenglish.html
españolespanol.html